Métiers

TECTONIQUE DES PLAQUES PROFESSIONNELLES.

2 Mise en perspective.


L’humanité est confrontée à des problèmes toujours plus nombreux, toujours plus complexes, toujours plus pressants. La croissance démographique, l’insatiabilité des hommes, la globalisation des besoins individuels, exacerbent les concurrences et les tensions ; augmentent les risques, la gravité et la durée des conflits.
Toute société est menacée de troubles tant que tous les individus n’ont pas la possibilité d’y assurer leur subsistance et de s’y rendre utile. Aucune ne peut satisfaire toutes les attentes si elle est inapte à employer tous les talents.
La vie se moque des doctrines. Et l’économie se construit un peu comme un cristal, en obéissant aux lois physiques.
Les praticiens savent qu’en la vie tout commence et tout finit par la pratique. Les philosophes disent plus joliment que l’existence précède l’essence.
La division du travail, la spécialisation et l’organisation des échanges résultent d’une multitude d’initiatives individuelles qui n’obéissent à nul plan d’ensemble
La division du travail est une dynamique qui a existé bien avant d’être mise en théorie. Selon l’obédience idéologique héritée d’Adam (Smith) ou de Karl (Marx), les uns y voient une source libérale de progrès pour l’humanité, les autres veulent y voir un processus capitaliste d’aliénation de l’homme
Il est bien difficile de fabriquer une automobile d’une main en cultivant son jardin de l’autre. Même les plus industrieux doivent accepter la division technique du travail qui est un sous-produit des exigences des consommateurs. (Prix, délais, qualité).
Le goût de l’exotisme découple production et consommation. Et pour manger toute l’année des fruits et légumes, il faut bien admettre une division internationale du travail.
La division du travail et la spécialisation sont des réalités qui commandent l’organisation de la société.
Aux plaques professionnelles se superposent les strates et les fibres d’une infinité de systèmes et sous systèmes nés par génération plus ou moins spontanée.
Les partis politiques, les organisations syndicales et patronales, les administrations plus ou moins institutionnelles, les secteurs professionnels, les zones géographiques, les bassins d’emploi, sont autant de plaques qui se chevauchent, s’entremêlent, interfèrent, coopèrent ou se combattent, concassent les structures, diluent les responsabilités.
Comme les rapports personnels, les relations des collectivités deviennent vite infernales. Et « l’enfer c’est les autres. »
Dans nos démocraties représentatives, la plupart des logiciels sont structurés par la volonté de croissance de l’assise des systèmes, le désir de pérennité des statuts, l’obsession de la réélection.
Inféodés à des partis divisés, les hommes politiques font des promesses qu’ils ne peuvent tenir. Les mesures générales qu’ils proposent supposent des accords nationaux et internationaux sur lesquels ils ont peu de prise. Leurs incitations ponctuelles sont sans grand effet car elles sont soumises au bon vouloir de leurs destinataires.
Les organisations patronales sont des groupements d’intérêt économiques qui privilégient les grandes structures, paralysent et phagocytent les petites.
Les organisations syndicales sont trop nombreuses pour être représentatives et attractives. Par la fatalité, qui affecte tout système, elles guerroient pour leur représentativité, leur primauté, leur pérennité. Elles s’enferment dans la spirale revendicatrice qui finit par décevoir les attentes de leurs mandants actifs trop peu nombreux et par nuire aux intérêts de la multitude qu’elles prétendent défendre.
Le système d’enseignement, de formation et d’orientation professionnelle vit dans son univers. Il s’organise en fonction de l’idée qu’il se fait de sa mission et selon ses propres besoins.
C’est ainsi que chacune des parties prenantes, et finalement les aspirants à une profession et à un emploi, s’agitent si souvent à côté de la plaque.

Pierre Auguste

Le 11 janvier 2012